
Dans l’univers des réseaux sociaux, où les contenus se succèdent à une vitesse fulgurante, une nouvelle tendance s’installe progressivement auprès des jeunes : la montée des discours masculinistes. Souvent dissimulés derrière des conseils de développement personnel, des vidéos humoristiques ou des promesses de réussite, ces contenus occupent aujourd’hui une place importante sur des plateformes comme TikTok, Instagram ou YouTube. Mais quels impacts concrets peuvent-ils avoir sur les jeunes ?
L’adolescence est une période de construction identitaire, de questionnements et de recherche de repères. Les réseaux sociaux offrent alors une multitude de modèles auxquels s’identifier. Certains créateurs de contenu proposent des discours simplifiés qui promettent confiance en soi, succès professionnel et reconnaissance sociale.
Si ces messages peuvent sembler anodins au premier abord, ils véhiculent parfois une vision rigide des rapports entre les femmes et les hommes. Les chercheurs Francis Dupuis-Déri, Samuel Tanner par exemple, mettent en évidence la manière dont ces discours s’appuient sur un sentiment de frustration ou d’incompréhension ressenti par certains jeunes garçons pour présenter l’égalité entre les sexes comme une menace.
Les réseaux sociaux ne se contentent pas de diffuser ces contenus, ils les renforcent. Les algorithmes privilégient les publications qui suscitent de fortes réactions émotionnelles : colère, indignation ou sentiment d’appartenance. Ainsi, quelques vidéos visionnées par curiosité peuvent rapidement conduire à une succession de contenus similaires. Les jeunes se retrouvent alors exposés de manière répétée à des messages qui banalisent le rejet des femmes, valorisent des rapports de domination ou présentent certaines formes de violence verbale comme acceptables.
Le rapport 2026 « La menace masculiniste » souligne que cette exposition répétée contribue à normaliser des idées auparavant marginales. Face à ce phénomène, il ne s’agit pas de diaboliser les réseaux sociaux ni de culpabiliser les jeunes. Au contraire, cela invite à renforcer leur capacité à questionner les contenus qu’ils consomment. Parler des algorithmes, décrypter les stratégies des influenceurs et encourager le dialogue autour des stéréotypes de genre deviennent des outils essentiels. Plus les jeunes comprennent les mécanismes qui orientent leur fil d’actualité, plus ils développent leur autonomie numérique.
Les réseaux sociaux sont aujourd’hui des espaces de socialisation à part entière. La question n’est donc plus de savoir s’ils influencent les jeunes, mais comment les accompagner pour qu’ils puissent construire leur identité sans la laisser entièrement guider par des discours qui opposent plutôt qu’ils ne rassemblent.