
Les écrans sont mauvais par-ci, les écrans sont dangereux par-là ; je ne sais pas pour vous, mais mon quotidien est rempli d'injonctions en lien avec mon utilisation des outils numériques.
Pire… alors que mon travail est orienté vers l'éducation à une utilisation saine et responsable de ces outils, et que ma pratique personnelle s'appuie sur mes compétences et mes connaissances, je ne peux m'empêcher de ressentir de l'inquiétude, voire de la culpabilité.
Ainsi, dans le cadre introspectif de l'écriture de cet article, je vous propose de traiter un point qui devrait m'aider à me déculpabiliser.
La question à laquelle nous allons répondre ici est : c'est la faute à qui ?
Qui est responsable des mauvaises utilisations des outils numériques ? Est-ce la personne
utilisatrice ? Est-ce la machine elle-même ? Est-ce le fabricant ou la fabricante ?
De manière générale, on aura tendance à faire porter la faute sur deux acteur·rice·s : les personnes utilisatrices et la machine (on parlera généralement d'un manque de contrôle de soi de la personne qui utilise l'outil, ou des effets néfastes de « l'écran »).
Mais c'est plus complexe que ça. Je vais vous parler d'un concept fondamental : l'économie de l'attention.
L'économie de l'attention, c'est le système économique dans lequel nous évoluons aujourd'hui. Nous sommes dans un système où ce qui a de la valeur, c'est notre temps d'attention. L'ensemble des actrices et acteurs du monde numérique mènent en ce moment même une guerre de l'information pour obtenir un maximum de notre attention, dans le but de nous faire visionner du contenu publicitaire afin de nous inciter à surconsommer.
Pour cela, ces entreprises mettent en place deux ensembles d'actions.
D’un côté, le profilage, dans laquelle on retrouve une denrée fondamentale soit les données
personnelles. Ces données sont récoltées et échangées dans le but de construire un profil de la personne utilisatrice, afin de cibler les publicités selon ses centres d'intérêt.
D’un autre, les mécaniques de captation et d'activation de l'attention, dont les concepteur·rice·s d'outils numériques mettent en place toute une série de stratégies afin de maximiser le temps que nous allons passer sur ces outils. Des personnes formées, spécialistes en mécanismes d'influence, en neurosciences ou en psychologie, en lien avec les données des applications elles-mêmes, vont créer des moyens d'exploiter nos faiblesses pour maximiser les revenus de leur entreprise.
Alors ok, TikTok donne vraiment l'impression d'être addictif. Mais dites-moi, c'est la faute à qui ?